1Ce que font les hormones pendant un cycle
Pour comprendre la ménopause, il faut revenir au cycle. En début de cycle, une hormone du cerveau, la FSH, fait grandir quelques follicules dans l'ovaire (de petits sacs qui contiennent chacun un ovule). Ces follicules fabriquent l'estradiol, le principal œstrogène. Quand l'estradiol atteint un pic, une autre hormone du cerveau, la LH, déclenche l'ovulation. Le follicule vide se transforme alors en « corps jaune », qui produit la progestérone pour préparer l'utérus à une éventuelle grossesse. Sans grossesse, les deux hormones chutent et les règles arrivent.
2Ce qui change à la préménopause et à la ménopause
Avec les années, le stock de follicules s'épuise. Il passe d'environ un million à la naissance à moins de 1 000 à la ménopause. Les ovaires ovulent moins souvent, et la production d'hormones se dérègle :
- la progestérone baisse en premier, puisqu'elle dépend de l'ovulation. À la préménopause, la production d'œstrogènes est encore préservée, d'où un syndrome prémenstruel parfois plus marqué (seins tendus, irritabilité) ;
- les œstrogènes baissent ensuite, jusqu'à la ménopause, où les ovaires n'en produisent plus.
Ce manque d'œstrogènes touche de nombreux organes. Il dérègle le thermostat du cerveau (les bouffées de chaleur), amincit les muqueuses du vagin et de la vessie, accélère la perte osseuse et modifie le cholestérol et la tension. C'est pourquoi on parle, à long terme, d'un risque accru d'ostéoporose et de maladies du cœur et des vaisseaux.
3Faut-il doser ses hormones ?
C'est une question très fréquente, et la réponse surprend souvent : en général, non. Chez une femme de 45 à 55 ans, 12 mois sans règles suffisent pour parler de ménopause. Les dosages d'hormones sont le plus souvent inutiles, car à la préménopause leurs taux varient d'un jour à l'autre. Ils ne sont pas non plus recommandés pour décider d'arrêter une contraception hormonale. Votre médecin peut en prescrire dans des cas particuliers, par exemple avant 40 ans ou après une hystérectomie.
4Ce que vous pouvez faire dès maintenant
- Notez vos symptômes (bouffées de chaleur, sommeil, humeur, règles) quelques semaines : c'est ce qui guide la décision, pas une prise de sang.
- Listez vos antécédents et ceux de votre famille (cancer du sein, phlébite, infarctus, accident vasculaire cérébral) : votre médecin en aura besoin.
- Pensez à votre mammographie : elle fait partie du bilan demandé avant un traitement hormonal.
- Préparez vos questions : quels bénéfices pour moi ? quels risques ? par quelle voie ? pour combien de temps ?
- Gardez les gestes du quotidien (vêtements légers, pièce fraîche, moins d'alcool et de café, activité physique) : ils aident avec ou sans traitement.
5Le traitement hormonal de la ménopause, en clair
Le traitement hormonal de la ménopause (souvent appelé THM, et autrefois THS, « traitement hormonal substitutif ») apporte un œstrogène pour compenser le manque. Si vous avez encore votre utérus, on y associe un progestatif, car l'œstrogène seul augmente le risque de cancer de l'endomètre (la muqueuse de l'utérus). Après une hystérectomie, l'œstrogène seul suffit.
En France, le traitement de référence associe l'estradiol, de préférence en gel ou en patch sur la peau, à la progestérone naturelle ou un dérivé proche. La voie cutanée réduit le risque de caillot et d'accident vasculaire cérébral par rapport aux œstrogènes en comprimés, et certains progestatifs sont écartés à cause du risque de méningiome. Nous détaillons les formes sur notre page patch, gel ou comprimé.
Les bénéfices
Le traitement hormonal traite les bouffées de chaleur, les sueurs nocturnes, la sécheresse vaginale et les troubles de l'humeur, et il prévient l'ostéoporose : il réduit le risque de fracture de 30 à 40 %. Il n'augmente pas la mortalité globale, cardiovasculaire ou par cancer du sein, et pourrait être protecteur s'il est commencé dans les 10 ans qui suivent la ménopause.
Les risques
Les risques connus sont le cancer du sein (le risque augmente avec la durée), le cancer de l'endomètre (d'où le progestatif), le cancer de l'ovaire, la phlébite et l'accident vasculaire cérébral, surtout la première année. Un ordre de grandeur pour le sein : chez les femmes de 50 à 60 ans, le risque passe de 50 à 52 pour 1 000 après 5 ans de traitement, et à 56 pour 1 000 après 10 ans. Il faut y ajouter la stimulation des fibromes et de l'endométriose, et les calculs de la vésicule. Le traitement est contre-indiqué après un cancer du sein, un infarctus ou un accident vasculaire cérébral. Tout cela est détaillé sur notre page risques et effets secondaires.
Pour qui, et comment
Le traitement est proposé au cas par cas : symptômes qui gênent, ménopause avant 40 ans, risque élevé de fracture. Il est en général commencé avant 60 ans ou dans les 10 ans qui suivent la ménopause, à la dose minimale efficace. Avant de le commencer, il faut un examen clinique, une mammographie et une évaluation du risque cardiovasculaire. Ensuite, un point au moins une fois par an avec votre médecin décide de la suite.





