« Ostéopénie », « déminéralisation osseuse » : ces mots sonnent comme une mauvaise nouvelle. Ils décrivent en fait une étape intermédiaire, où l'os a commencé à perdre de sa densité sans être devenu fragile au point d'une ostéoporose.
1Ostéopénie : c'est quoi ?
L'ostéopénie se mesure par une ostéodensitométrie, l'examen qui évalue la densité de vos os (voir comprendre son ostéodensitométrie). Le résultat est donné en T-score, une comparaison avec l'os d'un adulte jeune :
| T-score | Interprétation |
|---|---|
| supérieur à -1 | densité normale |
| entre -1 et -2,5 | ostéopénie |
| -2,5 ou moins | ostéoporose |
La même idée s'exprime en pourcentage, d'après les critères de l'Organisation mondiale de la santé : une perte osseuse de 10 à 25 % correspond à une ostéopénie, une perte de 25 % ou plus à une ostéoporose.
Déminéralisation osseuse est le mot courant pour dire la même chose : l'os perd une partie de ses minéraux, donc de sa densité. Après la ménopause, le risque de déminéralisation des os est plus élevé.
2Pourquoi ça arrive : les causes de l'ostéopénie
L'os se renouvelle en permanence. La masse osseuse augmente jusque vers 25 ans, reste stable jusque vers 45 ans, puis diminue peu à peu, car l'os ancien est retiré plus vite que l'os neuf n'est fabriqué.
Chez la femme, la ménopause accélère cette perte : les œstrogènes, qui protégeaient l'os, chutent, et la perte osseuse s'accélère pendant environ 5 à 10 ans. Une ostéopénie autour de la cinquantaine est donc souvent le reflet de cette période. Nous détaillons ce lien dans ostéoporose et ménopause.
D'autres facteurs s'ajoutent, les mêmes que pour l'ostéoporose : un capital osseux de départ plus faible (en partie héréditaire), une ménopause précoce, une grande minceur, la sédentarité, le tabac, l'alcool, un manque de vitamine D ou de calcium, certains médicaments comme les corticoïdes pris longtemps, et certaines maladies hormonales.
3Ostéopénie : est-ce grave ?
Une ostéopénie n'est pas une maladie grave en soi. Elle ne fait pas mal et ne se voit pas. Ce qui compte, c'est le risque de fracture, qui dépend de bien plus que du seul T-score : votre âge, vos fractures passées, celles de vos parents, votre poids, vos traitements, votre risque de chute.
Pour l'estimer, le médecin peut utiliser l'outil FRAX, qui calcule la probabilité d'une fracture dans les dix ans. Une fracture de fragilité passée pèse lourd dans ce calcul. La HAS ne recommande un médicament que si le risque de fracture est élevé.
4Ostéopénie lombaire, fémorale : qu'est-ce que ça change ?
L'ostéodensitométrie mesure le plus souvent deux endroits : les vertèbres lombaires (bas du dos) et le fémur (la hanche). Votre compte rendu peut donc parler d'ostéopénie lombaire, du rachis lombaire, ou fémorale.
Les deux sites peuvent donner des résultats différents. Il n'y a pas de conduite à part selon le site : c'est votre médecin qui interprète le compte rendu, en tenant compte de l'ensemble de votre situation. Demandez-lui ce que signifie chaque ligne.
5Ce que vous pouvez faire dès maintenant
- Bougez en portant votre poids : marche, danse, tennis, randonnée, montée d'escaliers. Ces exercices « en charge » se complètent d'exercices de résistance (haltères légers, élastiques).
- Renforcez vos muscles et votre équilibre : ils protègent des chutes (voir le renforcement musculaire). Des séances adaptées dans renforcement musculaire après 50 ans.
- Mettez du calcium au menu : le repère est d'environ 3 produits laitiers par jour et/ou une eau riche en calcium. Plus d'idées dans que manger pour ses os.
- Pensez à la vitamine D : poissons gras, jaune d'œuf, et un peu de lumière du jour. 15 à 20 minutes dehors en fin de matinée ou d'après-midi peuvent couvrir les besoins quotidiens.
- Arrêtez le tabac et gardez l'alcool sous les repères (10 verres par semaine au plus, 2 par jour au plus, des jours sans).
- Ne vous privez pas : une grande minceur favorise l'ostéoporose et les besoins ne baissent pas avec l'âge.
- Notez la date de votre examen et parlez avec votre médecin du moment d'un éventuel contrôle.
6Les compléments, expliqués honnêtement
Calcium et vitamine D en complément sont très vendus. Voici ce qu'il faut en savoir :
- La vitamine D : n'en prenez en complément que sur prescription d'un professionnel de santé, car un excès peut faire monter le calcium dans le sang, avec des risques pour le cœur et les reins. Les médicaments sont préférables aux compléments, dont l'étiquetage est moins sûr.
- Le calcium : mieux vaut privilégier les aliments riches en calcium plutôt que les suppléments, dont l'intérêt après la ménopause est discuté et qui peuvent gêner l'absorption de certains médicaments.
- Les isoflavones de soja : les autorités européennes ont refusé l'allégation selon laquelle elles maintiendraient la densité osseuse, et elles sont déconseillées après un cancer du sein.
Un complément alimentaire n'a pas le droit de prétendre prévenir ou traiter une maladie. Demandez l'avis de votre médecin ou de votre pharmacien avant d'en prendre.
7Faut-il un traitement en cas d'ostéopénie ?
Le plus souvent, non : l'hygiène de vie est la réponse. Un traitement préventif se discute à partir d'un T-score de -2,5 et uniquement si le risque est élevé. Il y a des exceptions, par exemple après une fracture de fragilité. Le traitement hormonal de la ménopause peut aussi être discuté chez certaines femmes de moins de 60 ans à risque de fracture, avec un T-score de -2 ou moins. Pour le détail : traitement de l'ostéoporose.





