Le soja a une image de remède doux et naturel contre la ménopause. Cette image vient en partie d'observations faites en Asie, où l'on mange beaucoup de soja. Mais la réalité est nettement plus nuancée. Ce n'est pas une raison pour bannir le soja de votre assiette : c'est une raison pour bien distinguer l'aliment et le complément.
1Pourquoi on parle du soja à la ménopause
Le soja contient des isoflavones, qui font partie de la famille des phyto-œstrogènes : des substances végétales qui ressemblent un peu aux œstrogènes, les hormones féminines qui baissent à la ménopause. L'idée est donc qu'elles pourraient compenser en partie cette baisse et calmer les bouffées de chaleur.
L'analyse de plus de 1 500 études nuance fortement cette idée :
- les phyto-œstrogènes ne sont pas des œstrogènes humains : leur structure ressemble à celle des œstrogènes mais en diffère, et leurs effets sont différents ;
- tout le monde ne réagit pas pareil : la façon dont le corps les absorbe et les transforme dépend de chacun et de la flore intestinale. Une partie des isoflavones du soja est transformée en équol par certaines personnes seulement, ce qui pourrait expliquer en partie des différences observées entre les femmes asiatiques et occidentales ;
- les résultats observés en Asie ne peuvent pas être transposés tels quels aux Occidentales, dont les modes de vie et les quantités consommées sont différents.
Pour comprendre les bouffées de chaleur elles-mêmes, voir notre page bouffées de chaleur : remèdes naturels.
2Ce que l'on sait, en clair
- Les phyto-œstrogènes dérivés du soja ne sont pas recommandés, l'évaluation de ces produits étant limitée.
- L'effet sur les bouffées de chaleur n'est pas établi. Les études ne permettent pas d'établir un effet des phyto-œstrogènes sur les bouffées de chaleur pour l'ensemble des femmes ménopausées. Ils sont moins efficaces que les œstrogènes de synthèse, et les autorités européennes interdisent aux compléments d'isoflavones de prétendre soulager les bouffées de chaleur.
- Pas d'effet prouvé sur les os. Les isoflavones ne sont pas efficaces pour prévenir l'ostéoporose, et aucune baisse du nombre de fractures n'a été observée.
- Pas de recul à long terme. Il n'existe pas d'étude clinique sur leur usage prolongé.
3Soja et cancer du sein : ce qu'il faut savoir
C'est la question qui inquiète le plus. Les données disponibles ne montrent pas d'augmentation du risque de cancer du sein liée aux phyto-œstrogènes chez la femme, mais les données chez l'animal incitent à la prudence chez les femmes qui ont ou ont eu un cancer hormono-dépendant. Les phyto-œstrogènes de soja sont déconseillés en cas d'antécédent de cancer du sein : ils ne doivent pas être utilisés dans ce cas. La contre-indication des compléments d'isoflavones s'étend aussi aux antécédents personnels ou familiaux de cancer du sein, de l'utérus ou de l'ovaire.
À l'inverse, le soja n'a pas de rôle reconnu dans la prévention de ce cancer : les observations faites en Asie ne s'appliquent pas aux Occidentales.





